On ne peut pas attendre des enfants qu'ils aient la capacité innée à résister à des manipulations cognitives aussi finement pensées.
Scène de la vie domestique moderne. Un enfant de 6 ans joue sur la tablette de sa grand-mère. Il y est autorisé parce qu’il s’agit d’une espèce de jeu d’échecs. Depuis dix minutes, l’enfant pollue l’espace sonore à base d’exclamations telles que «chuis trop fort», «paf, encore gagné», et des «t’es nuuuuulle» criés à la tablette en se penchant dessus.
Je ne sais pas comment cela se produit, mais parfois, de temps à autre, les parents disent des trucs pas trop pourris à leurs enfants. Ce jour-là, fatiguée d’entendre l’enfant fanfaronner, j’ai fini par lui lâcher: «Tu crois que tu es plus fort que la machine? À ton avis, quel est le but de la machine?
Gagner contre toi? Eh bien pas du tout, la machine a été programmée pour une seule chose: te faire rester le plus longtemps possible devant elle. Et là, à ton avis, elle a gagné ou pas?».
Ça lui en a bouché un coin. La machine n’était pas comme lui, elle ne cherchait pas à gagner. Elle ne cherchait rien d’ailleurs. Elle avait été programmée par d’autres gens pour capter son attention.